Abigaïl Alexandre a plaidé l’innocence de l’IA au tribunal de la Seine Musicale

Lors de la finale de la 9ᵉ édition d’Eloquentia, un  prestigieux concours francophone d’art oratoire, tenue le mercredi 25 mars 2026 à la Seine Musicale ( Paris), la jeune Haïtienne Abigaïl Alexandre a livré une prestation mémorable. Face à une question brûlante — l’intelligence artificielle creuse-t-elle les inégalités ? — elle a construit une défense aussi captivante que rigoureuse. Si l’attention générale s’est naturellement portée sur l’exploit de la jeune Jacmélienne et le symbole puissant de son sacre historique, la plaidoirie qui l’y a conduite mérite, elle aussi, toute notre attention. Car Abigaïl n’a pas seulement remporté un titre : elle a remis en question, avec force et lucidité, une série de préjugés tenaces sur l’usage de l’IA dans nos sociétés.

L’IA à l’épreuve des critiques

La révolution de l’intelligence artificielle s’inscrit comme la quatrième des grandes révolutions technologiques de l’histoire, après la révolution industrielle (XVIIIᵉ-XIXᵉ siècle), la révolution électrique (fin XIXᵉ – début XXᵉ siècle) et la révolution numérique (à partir des années 1970). Depuis les fondements théoriques posés en 1950 par le mathématicien britannique Alan Turing, l’IA a progressivement investi et transformé des domaines aussi variés que le social, l’économique ou le médical entre autres. 

Mais à mesure qu’elle avance, l’IA suscite également des critiques de plus en plus vives. Certains redoutent de la voir remplacer des travailleurs dans de nombreux secteurs. D’autres s’inquiètent de son utilisation dans les conflits armés ou dans des opérations de cyberpiratage. Certains vont même jusqu’à croire qu’elle accentue tout simplement les écarts déjà existants. Ces critiques, souvent passionnées, ne reposent pas toujours sur des fondements solides. Pour en démêler le vrai du faux, il faut aller au-delà des opinions reçues. C’est précisément cette démarche que Abigaïl Alexandre a entreprise. Que disent les faits ?

Les avancées technologiques devraient créer 170 millions d’emplois d’ici 2030 

Sous les puissants projecteurs de la Seine Musicale, la virtuose haïtienne a rejeté l’accusation récurrente selon laquelle l’IA aggraverait le chômage mondial. S’appuyant sur le Future of Jobs Report 2025 du World Economic Forum (WEF), publié le 8 janvier 2025, Abigaïl Alexandre a repris des chiffres qui décrivent la place croissante de l’intelligence artificielle dans l’économie mondiale. «  L’IA ouvre aujourd’hui de nouveaux horizons », a-t-elle soutenu avec sérénité devant un public très attentif. Une position que partagent les chercheurs de McKinsey, qui estiment que les apports de l’IA contribueront, d’ici 2030, à une croissance annuelle du PIB mondial de 1,2 %. Loin de détruire les emplois, l’IA en reconfigure la nature. Si certains postes et métiers tendent à disparaître, beaucoup d’autres apparaissent en contrepartie. Ce que la jeune championne a su montrer avec clarté, c’est que la peur du chômage liée à la montée de certaines technologies, aussi compréhensible soit-elle, ne doit pas occulter les formidables opportunités que l’IA génère pour ceux qui se donnent les moyens de s’y former et de s’y adapter.

L’IA comme levier d’équité sociale 

Deux exemples concrets, cités par la championne, illustrent les bénéfices tangibles de l’IA. D’une part, la plateforme de recrutement HireVue, qui privilégie la méritocratie en écartant les biais liés au genre ou aux jugements subjectifs. D’autre part, ChatGPT, dont les orientations ont permis de détecter, chez une femme de 40 ans prénommée Lorraine, deux tumeurs cancéreuses dont une détection tardive aurait pu lui être très fatale. Ces exemples ne sont pas des cas isolés. Dans plusieurs hôpitaux à travers le monde, des algorithmes d’IA analysent des milliers d’images médicales avec une précision supérieure à l’œil humain, permettant des diagnostics plus rapides et plus fiables. 

Accusée d’amplifier les fractures sociales, l’IA a trouvé en Abigaïl Alexandre une avocate résolue. Pour la championne, sa cliente est injustement mise en cause : les inégalités sont le fait des humains, qui les utilisent de manière arbitraire, non des technologies en elles-mêmes. Cela fait écho à l’importance des plateformes d’apprentissage en ligne alimentées par l’IA — telles que Khan Academy ou Coursera — qui offrent désormais un accès gratuit ou à faible coût à des formations de qualité, y compris dans des régions où les infrastructures éducatives sont défaillantes.

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Dans des pays comme Haïti, où des milliers de jeunes talentueux se heurtent à des barrières socio-économiques et géographiques, l’IA peut représenter une véritable bouée de sauvetage intellectuelle : un professeur disponible à toute heure, un correcteur patient, un guide sans jugement. Ce n’est pas l’IA qui choisit d’exclure mais c’est l’absence de volonté politique et d’infrastructure qui maintient certains peuples dans l’ombre. Là où les inégalités semblent insurmontables, la technologie, bien orientée, peut devenir un levier d’émancipation. Abigaïl Alexandre l’a dit avec conviction : l’intelligence artificielle ne reproduit pas les injustices du monde, elle en révèle simplement l’ampleur.

La vraie question !

Au fond, la plaidoirie d’Abigaïl Alexandre dépasse largement le seul cadre d’un concours d’éloquence : elle nous invite à dégager une réflexion plus large et plus urgente. Dans un monde où la méfiance envers les nouvelles technologies est souvent le premier réflexe, la jeune Haïtienne a choisi la nuance là où d’autres auraient choisi la facilité. Elle a démontré, avec rigueur et passion, que condamner l’IA sans discernement revient à condamner un outil pour les fautes de ceux qui l’utilisent mal.

L’IA est-elle bonne ou mauvaise ? La réponse à cette question semble se trouver moins dans la technologie elle-même que dans les mains qui la tiennent et les valeurs qui les guident. Abigaïl Alexandre a plaidé l’innoncence de l’IA, le verdict appartient désormais à chacun d’entre nous.  Car la vraie question n’est pas de savoir ce que l’IA fera de l’humanité  mais ce que l’humanité, dans toute sa diversité, sa créativité et sa responsabilité, choisira de faire de l’IA.

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